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"On ne naît pas femme, on le devient". Les Garçons Sauvages, de Bertrand Mandico.

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"On ne naît pas femme, on le devient." Chronique, Les Garçons Sauvages  de Bertrand Mandico. J’ai embarqué à bord d’un navire prometteur en sachant qu’il m’emmènerait loin, mais en ignorant tout de sa terre d’exil. Sans idées aucune du sol que j’allais fouler. Comment aurait-ce été possible alors que le sable même qui le constitue trouve sa forme dans l’enchevêtrement audacieux des grains si singuliers issus de l’esprit bouillonnant d’un artiste ? A la sortie de cette salle, que j’aurais juré cru voir tanguer et être dévorée par une forêt étrangement luxuriante, Capitaine, je puis vous l’assurer, j’avais l’étrange sensation d’avoir gouté à un fruit défendu, inconnu (mais pas ceux du film , non !). Cette salle, pour tout vous dire, j’ai un temps pensé à la quitter, si dérangée que j’étais à la vue d’un érotisme souvent glauque et perturbant qui m’est inconnu. Seulement, dans toute sa si puissante beauté et audace formelle particulièrement, le film a tellem...

La pureté se mouvant en une forme... The Shape Of Water, de Guillermo Del Toro.

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La pureté se mouvant en une forme... The Shape Of Water, de  Guillermo Del Toro.  Mon regard s’est empli de larmes incontrôlables devant tant de pureté… Pur, si pur, The Shape Of Water a la douceur du regard d’un cinéaste qui a gardé la vision d’un enfant. Un enfant se perdant tendrement dans la frontière poreuse qui sépare l’imaginaire, des formes de l’ordinaire. Du matériau obtenu aux confins de ces deux espaces, il façonne, de ses grandes mains de conteur, une œuvre. Une œuvre qui s’élève grâce à la beauté de sa forme, visuelle justement, qui n’en finit pas de se mouvoir pour mieux coller aux trajectoires des « égarés » qui peuplent cet univers. Les égarés, les « en-dehors », les solitaires, les introvertis, les inco mpris, les rêveurs… En bref, les êtres, aux blessures insondables aux maux (et aux mots) silencieux/inaudibles qui ne sont jamais aussi beaux que lorsqu’ils se trouvent, ou plutôt devrait-on dire, se retrouvent. Dans une étrei...

Festival Viva Patrimoine, l'empreinte de l'art sur le temps (ou peut-être l'inverse...)

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En cette fin de janvier 2018, au cœur de Valence, il est possible de constater une effervescence toute particulière, une foule empressée franchissant avec entrain les portes du Lux Scène Nationale. Nous nous approchons alors un peu, nous nous interrogeons… Mais bien évidemment, nous réagissons de suite à l’évocation de l’événement que l’on nomme : « Festival Viva Patrimoine » et dont cette nouvelle année vient marquer la cinquième édition ! Viva Patrimoine en quelques mots introductifs, c’est un festival bien spécial qui a pour noble objectif de mettre à nouveau la lumière sur les chefs d’œuvre cinématographiques d’autrefois, qui ont en tout cas marqué l’histoire du septième art d’une manière ou d’une autre. C’est aussi l’histoire d’un défi, celui de mêler le passé au contemporain, d’allier les œuvres classiques à de nouveaux outils modernes pour mieux en révéler toute la richesse et la faculté à traverser les époques. En bref, c’est exposer le patrimoine du...

Exploitation, métamorphose du classique pour création du moderne... It Follows, de David Robert Mitchell

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It Follows, de D.Robert Mitchell : Exploitation et métamorphose du classique pour création du moderne... Il est de ces œuvres qui capturent si intensément votre rétine que vous ne pourriez dire, une fois terminée, combien de temps elle vous a happé, tant il semblerait que l’écoulement du temps justement se soit si subitement accéléré, pour ne pas dire démultiplié.  It Follows, c’est d’abord et surtout, une ode à la beauté formelle qui vient aussitôt nourrir une envie perpétuelle «d’arrêt sur image », car l’on sait d’emblée ô combien ils pourraient être précieux à notre propre inspiration. Seulement, une suite de beaux plans n’a d’intérêt que si l’ensemble devient une forme, devient une pièce venant s’imbriquer dans ce grand puzzle que l’on nomme atmosphère. Celle qui se dégage du film est à la fois très pesante, et totalement magnétisante, ce qui en fait cet attrait un peu fou.  C’est la particularité de cette lignée de nouveaux auteurs qui n’ont pas peur du genre...

Insaisissable souvenir d'une œuvre qui n'a d'écho que si elle est vécue... A Ghost Story, de David Lowery

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A Ghost Story, de David Lowery, ou l'insaisissable souvenir d'une œuvre qui n'a d'écho que si elle est vécue...  Je voudrais que les mots courent sur ce papier avec autant d'aisance que courent les images de "A Ghost Story" dans mon esprit, même si je sais que c'est impossible. Dans une envolée aussi délicate que déchirante, le silence devint tout à coup une splendide entité qui porta une salle entière, au souffle coupé et aux membres tremblotants. Je fais peut-être de ce que j'ai ressenti une généralité, mais peu importe, car je sais que parmi ceux qui parcourront ces lignes, certains y trouveront une résonance. Du moins je l'espère. Expérience en dehors de tout, affranchie de tout, où la véracité transparaît, de façon lyrique et poétique, à chaque plan, offrant une démonstration si profondément organique et sensorielle. La texture, la lumière et la couleur de l'image n'ont d'égal que la mise en scène affûtée qui fait ...

"Celle qui mettait les êtres en lumière..." Rencontre avec Emmanuelle Bercot.

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"Celle qui mettait les êtres en lumière..." Rencontre avec Emmanuelle Bercot. Il m'apparaît que la vraie force d'un cinéaste est de posséder un "regard". De savoir poser un regard à la fois sur ce (et ceux) qui l'entoure, et sur ce qui bouillonne dans son esprit. Puis de le transmettre, de le transposer pour que cette vision devienne, en elle-même, aussi fascinante que ce qu'elle souhaite exprimer, représenter. Dans cette perspective notamment, passer une heure avec Emmanuelle Bercot, c'est passer une heure des plus inspirantes. Il faut entendre Emmanuelle Bercot parler de ses personnages (enfin, des personnes plutôt), de son jeu, de son rapport au corps de l'acteur et aux émotions, de ses inspirations, de ses préoccupations... Bref, l'écouter simplement, car je peux vous assurer que vous saurez y retrouver autant de franchise et de justesse que dans les œuvres qui peuplent sa filmographie, tous "postes" qu'elle puisse y...

You were never really here, de Lynne Ramsay. De l'océan de noirceur surgit un tandem déchirant.

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De l'océan de noirceur surgit un tandem déchirant. You were never really here s’applique à vous tenir crispé sur votre fauteuil, et ne vous donne l’occasion de desserrer les mâchoires que très rarement. Une fois la séance terminée, il est un besoin de bouffée d’air inexplicable, prégnant. Cependant, même une fois dehors, l’atmosphère du film se refuse à relâcher votre esprit. Le trouble est grand quand on tente alors d’avoir un avis sur ce qui vient de nous exploser à la figure. C’est un récit crépusculaire noyé dans une violence et une noirceur sempiternelles, au sein duquel se dessinent deux silhouettes brisées par des fêlures inconcevables. Deux êtres torturés dont la rencontre est immédiatement magnétisée par une confiance et une compréhension aveugles, qui découle d’une souffrance commune, et qui se cristallise autour de deux regards similaires, d’une profondeur à vous lézarder le cœur. L’un est un fantôme qui erre dans le dédale d’une vie composée d’anciens cauchema...