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Exploitation, métamorphose du classique pour création du moderne... It Follows, de David Robert Mitchell

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It Follows, de D.Robert Mitchell : Exploitation et métamorphose du classique pour création du moderne... Il est de ces œuvres qui capturent si intensément votre rétine que vous ne pourriez dire, une fois terminée, combien de temps elle vous a happé, tant il semblerait que l’écoulement du temps justement se soit si subitement accéléré, pour ne pas dire démultiplié.  It Follows, c’est d’abord et surtout, une ode à la beauté formelle qui vient aussitôt nourrir une envie perpétuelle «d’arrêt sur image », car l’on sait d’emblée ô combien ils pourraient être précieux à notre propre inspiration. Seulement, une suite de beaux plans n’a d’intérêt que si l’ensemble devient une forme, devient une pièce venant s’imbriquer dans ce grand puzzle que l’on nomme atmosphère. Celle qui se dégage du film est à la fois très pesante, et totalement magnétisante, ce qui en fait cet attrait un peu fou.  C’est la particularité de cette lignée de nouveaux auteurs qui n’ont pas peur du genre...

Insaisissable souvenir d'une œuvre qui n'a d'écho que si elle est vécue... A Ghost Story, de David Lowery

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A Ghost Story, de David Lowery, ou l'insaisissable souvenir d'une œuvre qui n'a d'écho que si elle est vécue...  Je voudrais que les mots courent sur ce papier avec autant d'aisance que courent les images de "A Ghost Story" dans mon esprit, même si je sais que c'est impossible. Dans une envolée aussi délicate que déchirante, le silence devint tout à coup une splendide entité qui porta une salle entière, au souffle coupé et aux membres tremblotants. Je fais peut-être de ce que j'ai ressenti une généralité, mais peu importe, car je sais que parmi ceux qui parcourront ces lignes, certains y trouveront une résonance. Du moins je l'espère. Expérience en dehors de tout, affranchie de tout, où la véracité transparaît, de façon lyrique et poétique, à chaque plan, offrant une démonstration si profondément organique et sensorielle. La texture, la lumière et la couleur de l'image n'ont d'égal que la mise en scène affûtée qui fait ...

"Celle qui mettait les êtres en lumière..." Rencontre avec Emmanuelle Bercot.

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"Celle qui mettait les êtres en lumière..." Rencontre avec Emmanuelle Bercot. Il m'apparaît que la vraie force d'un cinéaste est de posséder un "regard". De savoir poser un regard à la fois sur ce (et ceux) qui l'entoure, et sur ce qui bouillonne dans son esprit. Puis de le transmettre, de le transposer pour que cette vision devienne, en elle-même, aussi fascinante que ce qu'elle souhaite exprimer, représenter. Dans cette perspective notamment, passer une heure avec Emmanuelle Bercot, c'est passer une heure des plus inspirantes. Il faut entendre Emmanuelle Bercot parler de ses personnages (enfin, des personnes plutôt), de son jeu, de son rapport au corps de l'acteur et aux émotions, de ses inspirations, de ses préoccupations... Bref, l'écouter simplement, car je peux vous assurer que vous saurez y retrouver autant de franchise et de justesse que dans les œuvres qui peuplent sa filmographie, tous "postes" qu'elle puisse y...

You were never really here, de Lynne Ramsay. De l'océan de noirceur surgit un tandem déchirant.

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De l'océan de noirceur surgit un tandem déchirant. You were never really here s’applique à vous tenir crispé sur votre fauteuil, et ne vous donne l’occasion de desserrer les mâchoires que très rarement. Une fois la séance terminée, il est un besoin de bouffée d’air inexplicable, prégnant. Cependant, même une fois dehors, l’atmosphère du film se refuse à relâcher votre esprit. Le trouble est grand quand on tente alors d’avoir un avis sur ce qui vient de nous exploser à la figure. C’est un récit crépusculaire noyé dans une violence et une noirceur sempiternelles, au sein duquel se dessinent deux silhouettes brisées par des fêlures inconcevables. Deux êtres torturés dont la rencontre est immédiatement magnétisée par une confiance et une compréhension aveugles, qui découle d’une souffrance commune, et qui se cristallise autour de deux regards similaires, d’une profondeur à vous lézarder le cœur. L’un est un fantôme qui erre dans le dédale d’une vie composée d’anciens cauchema...

Lost River, de Ryan Goling. Le cauchemar était vêtu de lumières.

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Le cauchemar était vêtu de lumières. Dans l’histoire de notre amour profond pour Lost River, les larmes sont partie intégrante. Les larmes du premier visionnage de la bande annonce, qui traduisent cette impression folle d’avoir devant les yeux un univers que vous avez toujours, au plus profond de vous, souhaité voir sur ce grand écran blanc. Puis, une fois le film découvert et infiniment gravé en nous, il y eut les larmes pour le défendre de toutes nos forces, ne comprenant pas comment des critiques pouvaient être formulées de façon aussi virulente contre un film qui a tant su trouver sa résonance en notre for intérieur. Conte de fées d’un nouveau genre, au cœur d’un Detroit fantomatique et laissé pour compte, Lost River puise toute sa force dans la création d’un univers à part entière qui se joue du cadre temporel et vient s’imprimer sur l’écran avec style, beaucoup de style. Le rêve esthétique se mêle alors au cauchemar de la noirceur que soulève le récit. Métaphore à la foi...

Blade Runner, de Ridley Scott. Mélancolie, solitude, se perdant dans la puissance du futur.

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Mélancolie et solitude, se perdant dans la puissance du futur. La pluie s’abat sans discontinuer, premier objet d’attraction. Je ne saurais dire pourquoi, mais la pluie au cinéma m’a toujours intensément fasciné. La manière dont elle transforme les visages, dont elle suggère la mélancolie aussi peut-être. Ajoutez-y une nuit sans fin parée tant de vifs néons que de lumières « mouvantes », et de réclame abrutissante esthétisée au possible, vous obtenez un Los Angeles futuriste dans lequel 2019 se joue des extravagances que cumule déjà notre société actuelle.  Mais voyez plus loin, concentrez-vous sur les êtres qui peuplent le film. Des êtres qui apparaissent comme des pièces rapportées, à l’étroit, pas à leur place, terriblement seules dans la nuit d’un univers trop grand pour eux (où chaque pièce, chaque élément de décor n’est qu’ingénieuse métaphore de leur solitude), dans lequel la pluie ne s’arrête jamais, tout comme le jour refuse de se lever. Répliquants,...

Barbara, de Mathieu Amalric. La poésie de l'image [Impressions format court]

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La poésie de l'image [Impressions format court] Il me semble que certains moments, certaines expériences de cinéma, ne sont pas associables à une critique entièrement développée qui se voudrait la plus complète possible. Parfois en effet, on ne se décide qu'à livrer quelques phrases, quelques impressions éparses, car on ignore comment l'on pourrait décrire l'oeuvre autrement sans enlever de son mystère. C'est le principe même de ces "Impressions format court", que nous inaugurons aujourd'hui avec Barbara, de Mathieu Amalric. Difficile de poser des mots dessus de peur d'abîmer cette belle et innovante matière. Barbara est beau et touche dans son imperfection et sa fragilité, il se révèle être un objet très aérien assez fou, et un peu flou aussi, mais pas forcément dans le mauvais sens du terme. L'entrelacs d'idées est en effet d'un telle densité, qu'il aura fallu toute la sincérité, l'amour et la poésie du cinéaste p...